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Last Word : la recette du cocktail à la Chartreuse verte, dosages et variantes

Héritage des Alpes · 14 Septembre 2026 · 8 min de lecture

Last Word : la recette du cocktail à la Chartreuse verte, dosages et variantes

Le Last Word se prépare à parts égales : 2,25 cl de gin, 2,25 cl de Chartreuse verte, 2,25 cl de liqueur de marasquin et 2,25 cl de jus de citron vert frais, secoués fort au shaker et servis filtrés dans une coupe glacée. Pas de glace dans le verre, pas de sucre ajouté, pas de décoration obligatoire.

C'est le cocktail à la Chartreuse verte le plus commandé au monde, et l'un des rares classiques où quatre ingrédients de même volume trouvent leur équilibre sans correction. Voici le dosage, les gestes, l'histoire, et les variantes qui en sont nées.

Quel est le dosage exact du Last Word ?

La recette américaine s'écrit en trois quarts d'once par ingrédient, soit 2,25 cl. En France, beaucoup de bars arrondissent à 2 cl, ce qui donne un verre plus court sans changer l'équilibre. L'important est de garder les quatre volumes identiques.

  • 2,25 cl de gin sec
  • 2,25 cl de Chartreuse verte (55 % vol.)
  • 2,25 cl de liqueur de marasquin
  • 2,25 cl de jus de citron vert pressé à la minute

Le sucre vient entièrement des deux liqueurs, l'acidité du citron vert. La Chartreuse apporte la charpente herbacée, le marasquin une note d'amande et de noyau qui arrondit l'amertume. Le gin tient l'ensemble et prolonge la finale. Si le résultat vous paraît trop sucré, ne touchez pas aux liqueurs : montez le citron vert à 2,5 cl.

Avec un gin à 45 % vol. et une Chartreuse à 55 %, ce cocktail titre autour de 25 % vol. une fois dilué. Un verre suffit, et c'est ainsi qu'il se sert.

Comment préparer un Last Word étape par étape ?

  1. Placez une coupe ou un verre Nick and Nora au congélateur dix minutes avant. Le Last Word n'a aucun glaçon pour le garder froid : tout repose sur la température du verre.
  2. Pressez le citron vert et filtrez le jus. Un jus pressé depuis plusieurs heures perd sa vivacité et le cocktail devient plat.
  3. Mesurez les quatre ingrédients au doseur dans le shaker. À parts égales, la moindre approximation se sent : un doseur double 2 cl et 3 cl, ou une petite éprouvette graduée, vaut mieux que l'œil.
  4. Remplissez le shaker aux trois quarts de glaçons bien secs, sortis du congélateur.
  5. Secouez fort pendant douze à quinze secondes. Il faut plus d'énergie que pour un Dry Martini, qui se remue : le mélange est dense en sucre et en alcool, il a besoin de dilution pour s'ouvrir.
  6. Filtrez deux fois, à la passoire du shaker puis à travers une petite passoire fine tenue au-dessus du verre, pour retenir les éclats de glace.
  7. Servez aussitôt. La tradition ne prévoit aucune garniture ; une cerise au marasquin au fond du verre est tolérée, un zeste de citron vert exprimé au-dessus donne un nez plus frais.

Le cocktail doit sortir d'un vert pâle légèrement voilé, avec une fine écume en surface. Un vert franc et limpide signale un shake trop court.

Quel goût a le Last Word ?

L'attaque est acidulée, portée par le citron vert, puis la Chartreuse arrive par vagues : menthe poivrée, résine, un fond d'anis. Le marasquin se lit en milieu de bouche, sous forme d'une note de noyau de cerise et d'amande amère, jamais de fruit rouge. La finale est longue, herbacée, légèrement amère, avec le genièvre qui ressort quand le reste retombe.

C'est un cocktail qui divise au premier verre. Ceux qui ne connaissent pas la Chartreuse le trouvent pharmaceutique ; ceux qui la connaissent y retrouvent ce qu'ils cherchent, en plus tendu. Pour situer le profil de la liqueur seule, notre comparatif Chartreuse jaune ou verte détaille les deux versions.

Quel gin choisir pour un Last Word ?

Un gin sec et franc, entre 43 et 47 % vol. En dessous, il disparaît derrière la Chartreuse, qui titre dix points de plus. Un London Dry classique donne la version de référence, où le genièvre sert de fil conducteur.

Les gins botaniques marqués par des plantes de montagne fonctionnent particulièrement bien : leurs notes herbacées prolongent celles de la liqueur au lieu de s'y opposer. Évitez les gins très floraux, à la rose ou au concombre, et les gins sucrés, qui s'embrouillent avec le marasquin.

Qu'est-ce que le marasquin, et peut-on s'en passer ?

Le marasquin est une liqueur incolore distillée à partir de la cerise marasque, une griotte acide de la côte dalmate, noyaux compris. C'est le noyau broyé qui lui donne sa note d'amande. La maison Luxardo, fondée à Zadar en 1821 puis réinstallée à Torreglia, près de Padoue, après la Seconde Guerre mondiale, en est la référence ; Maraska, toujours produite à Zadar, en est l'autre grand nom. La liqueur titre autour de 32 % vol.

On ne peut pas vraiment s'en passer. Une crème de cerise ajoute un fruit rouge qui n'a rien à faire là, un kirsch apporte le noyau sans le sucre. Le marasquin est d'ailleurs la bouteille la plus facile à trouver des quatre, chez tout caviste un peu fourni.

D'où vient le Last Word ?

Du Detroit Athletic Club, un cercle privé du Michigan, à la fin des années 1910 ou au tout début des années 1920 selon les sources. Un menu du club daté de 1916 est souvent cité comme première trace ; la Prohibition, entrée en vigueur dans le Michigan en 1918, rend la suite de l'histoire plus discrète. On attribue sa diffusion hors de Detroit à Frank Fogarty, artiste de music-hall de passage au club.

La recette est imprimée pour la première fois en 1951 dans Bottoms Up, le recueil de Ted Saucier, puis tombe dans l'oubli pendant un demi-siècle. Elle ressort en 2004 au Zig Zag Café de Seattle, où le barman Murray Stenson la remet à la carte. En quelques années, elle fait le tour des bars à cocktails d'Amérique du Nord puis d'Europe, et entraîne avec elle la demande en Chartreuse verte. Elle figure aujourd'hui parmi les classiques officiels de l'International Bartenders Association.

La liqueur, elle, vient d'un tout autre monde : un massif calcaire entre Grenoble et Chambéry, et une recette gardée par les moines chartreux depuis le dix-septième siècle. Nous avons raconté ce territoire dans notre article sur le massif de la Chartreuse.

Quelles sont les variantes du Last Word ?

La structure à parts égales, un spiritueux, une liqueur de plantes, une seconde liqueur et un agrume, a donné naissance à toute une famille de cocktails. Ce tableau regroupe les plus connus.

CocktailSpiritueuxLiqueur de plantesSeconde liqueurAgrumeProfil
Last WordGinChartreuse verteMarasquinCitron vertHerbacé, tendu, finale longue
Final Ward (Phil Ward, New York, 2007)Whisky de seigleChartreuse verteMarasquinCitron jaunePlus épicé, plus boisé
Naked and Famous (Joaquín Simó, New York, 2011)MezcalChartreuse jauneApérolCitron vertFumé, miellé, amer
Paper Plane (Sam Ross, Chicago, 2007)BourbonAmaro NoninoApérolCitron jauneRond, orangé, amer
Last Word alpinGin de montagneGénépiMarasquinCitron vertPlus sec, foin et camphre

La dernière ligne est la plus intéressante pour qui vit près des Alpes. Le génépi, ou genepi sans accent, remplace la Chartreuse avec la même colonne vertébrale herbacée, mais une seule armoise au lieu de cent trente plantes : le cocktail devient plus sec, plus étroit, marqué par le foin et le camphre. Les dosages précis figurent dans nos recettes de cocktails au génépi.

Par quoi remplacer la Chartreuse verte dans un Last Word ?

Aucune bouteille ne la reproduit, mais trois pistes tiennent la route. Le génépi d'abord, à dose égale : c'est la plus convaincante. La Chartreuse jaune ensuite, en réduisant le marasquin à 1,5 cl pour compenser son sucre ; le résultat est rond et miellé, et n'a plus grand-chose d'un Last Word. Enfin les liqueurs de plantes d'autres liquoristes alpins et italiens, aux résultats très inégaux selon leur charge en herbes. Notre article sur les alternatives à la Chartreuse les compare une à une.

Et avec un gin à la vulnéraire ?

La Chartreuse et la vulnéraire de Chartreuse viennent du même massif sans rien avoir en commun en bouteille : l'une est une liqueur de cent trente plantes, l'autre une plante des falaises calcaires, Anthyllis vulneraria, au registre de miel et de foin coupé. Nous l'avons choisie comme signature du Gin Belledonne, distillé dans le Vercors avec du genièvre local, de l'hysope, de la myrtille sauvage, du cynorhodon et du poivre de Timut. Dans un Last Word, ce profil sec prolonge la Chartreuse au lieu de la concurrencer, et le Timut ressort en finale une fois l'acidité retombée.

Questions fréquentes

Pourquoi le Last Word s'appelle-t-il ainsi ?

Aucune archive ne l'établit. L'explication la plus répandue tient à l'idée du dernier verre, celui qui clôt la soirée et le débat. Elle relève plus de l'histoire de comptoir que du document.

Peut-on préparer un Last Word sans shaker ?

Un bocal hermétique rempli de glaçons fait l'affaire. Le verre à mélange ne convient pas : le citron vert demande une agitation vigoureuse pour s'intégrer aux liqueurs.

Le Last Word se sert-il avec des glaçons ?

Non. Il se sert filtré dans un verre à pied préalablement glacé. Un glaçon dans le verre le dilue trop vite et casse l'équilibre des quatre ingrédients.

Quelle différence entre un Last Word et un Bijou ?

Le Bijou associe gin, vermouth rouge et Chartreuse verte au verre à mélange, sans agrume. Il est plus vineux, plus rond. Le Last Word est un sour : acide, vif, secoué.

Combien de temps se conserve une bouteille de Chartreuse ouverte ?

Plusieurs années, grâce à son degré. Bouteille debout, bouchon bien remis, à l'abri de la lumière. Même règle pour le marasquin.

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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