Mixologie
Grog : la recette traditionnelle, les dosages et les versions de montagne
Héritage des Alpes · 9 Septembre 2026 · 9 min de lecture
Le grog se prépare avec 5 cl de rhum brun, 15 cl d'eau chaude à 70 °C, une cuillère à café de miel et le jus d'un demi-citron. On remue jusqu'à dissolution du miel, on sert dans un verre à anse préchauffé, avec une rondelle de citron piquée de deux clous de girofle.
Une mise au point avant d'aller plus loin. Le grog traîne une réputation de remède d'hiver qui ne repose sur rien : aucune boisson alcoolisée ne soigne quoi que ce soit, et l'alcool ne réchauffe pas. Il dilate les vaisseaux de surface, ce qui donne une sensation de chaleur pendant que la température du corps, elle, baisse. Ce qui suit décrit donc une recette, ses dosages et son histoire, rien d'autre.
Quels sont les ingrédients et les dosages d'un grog ?
Quatre éléments, pas un de plus : un alcool, de l'eau chaude, un sucre, un acide. Tout l'équilibre se joue sur le rapport entre l'alcool et l'eau, qui doit rester autour de un pour trois.
- 5 cl de rhum brun agricole ou traditionnel
- 15 cl d'eau chauffée à 70 °C environ
- 1 cuillère à café de miel liquide, de montagne ou d'acacia
- Le jus d'un demi-citron jaune, soit 1,5 à 2 cl
- 2 clous de girofle, une rondelle de citron
- Facultatif : un bâton de cannelle, une lamelle de gingembre frais
Le miel se dose à l'oreille du buveur : une cuillère rase pour un grog tendu, une cuillère bombée si le citron domine trop. Le sucre en morceaux fonctionne aussi, mais il met plus longtemps à fondre et laisse souvent un dépôt sirupeux au fond.
Sur le volume, restez à 20 cl de boisson finie. Un grog servi dans une chope de 40 cl demande le double d'alcool pour tenir le même équilibre, et la recette perd son sens.
Comment préparer un grog étape par étape ?
- Faites chauffer l'eau sans la porter à ébullition. Si elle a bouilli, laissez-la reposer deux minutes hors du feu avant de verser.
- Remplissez le verre d'eau très chaude, attendez trente secondes, jetez cette eau. Un verre froid fait chuter la boisson de dix degrés en une minute.
- Versez le miel au fond du verre préchauffé, puis 3 cl d'eau chaude. Remuez jusqu'à ce que le miel disparaisse complètement.
- Ajoutez le jus de citron filtré, puis le rhum.
- Complétez avec le reste de l'eau chaude, en versant lentement.
- Piquez les clous de girofle dans la rondelle de citron et posez-la à la surface. Laissez infuser deux minutes avant de boire.
Le girofle piqué dans l'agrume n'est pas décoratif : il libère son eugénol lentement, alors que des clous jetés en vrac saturent la boisson en trois minutes et la rendent médicinale au nez.
À quelle température doit être l'eau du grog ?
Entre 65 et 75 °C, jamais bouillante. L'éthanol bout à 78,4 °C : une eau à 100 °C fait partir une partie de l'alcool en vapeur dès le versement, emporte les esters du rhum au passage et ne laisse qu'une eau citronnée. Les huiles essentielles du zeste, elles aussi, se volatilisent d'un coup.
Sans thermomètre, la règle est simple : coupez le feu juste avant les gros bouillons, ou laissez reposer deux à trois minutes une eau qui vient de bouillir. À 70 °C, la vapeur monte droit sans bruit et le verre reste tenable à la main par l'anse.
Rhum, whisky ou gin : quel alcool choisir ?
Le rhum brun est l'alcool historique, mais la structure de la recette accepte tout spiritueux ambré ou aromatique. Le critère qui compte est la résistance des arômes à la chaleur : un alcool très floral s'évapore, un alcool épicé ou boisé tient.
| Alcool | Dose | Profil à chaud | Sucre conseillé |
|---|---|---|---|
| Rhum brun | 5 cl | Vanille, canne cuite, fruits secs. La version canonique. | Miel d'acacia |
| Rhum agricole ambré | 4 cl | Plus végétal et plus sec, demande un citron moins présent. | Sucre de canne |
| Whisky écossais non tourbé | 4,5 cl | Céréale et miel, c'est le hot toddy classique. | Miel de montagne |
| Gin de montagne | 4 cl | Genièvre et plantes d'altitude, nettement plus herbacé. | Miel de sapin |
| Cognac ou armagnac | 4 cl | Rond, vineux, pruneau. Supporte mal le girofle. | Miel de châtaignier |
Les rhums très vieux et les whiskies fortement tourbés sont à écarter : la chaleur amplifie le fût et la fumée jusqu'à couvrir tout le reste. Gardez-les pour une dégustation à température ambiante, comme celles décrites dans notre guide sur la dégustation d'un spiritueux pur.
Quelle différence entre un grog et un hot toddy ?
Le hot toddy est la version britannique et irlandaise du même principe, montée au whisky plutôt qu'au rhum. Les proportions sont presque identiques, la répartition sucre et acide change : le toddy pousse davantage le miel et laisse le citron en arrière-plan, quand le grog garde l'agrume en avant.
Le mot apparaît dans les îles britanniques au XVIIIe siècle. Une hypothèse le rattache au terme hindi taddy, qui désigne la sève fermentée de palmier rapportée par les marins de la Compagnie des Indes ; une autre y voit simplement un mot d'usage local. Les deux circulent, aucune n'est tranchée.
Pour un hot toddy : 4,5 cl de whisky écossais des Highlands, 2 cuillères à café de miel, 1,5 cl de jus de citron, 12 cl d'eau à 70 °C, un bâton de cannelle. Même procédé, même préchauffage du verre.
Le gin chaud, la version de montagne
Remplacer le rhum par un gin change complètement le registre : là où la canne apporte du sucré cuit, le genièvre et les plantes d'altitude donnent un profil résineux et amer, plus proche d'une infusion. C'est la déclinaison qui fonctionne le mieux en refuge, et celle qui se rapproche le plus des vieilles préparations alpines à base de plantes macérées.
Le grog des cimes, tel qu'on le sert dans les vallées de l'Isère :
- 4 cl de gin de montagne
- 1 cl de génépi, ou de liqueur de sapin
- 14 cl d'infusion de tilleul chaude, à 70 °C, plutôt que de l'eau nature
- 1 cuillère à café de miel de sapin
- 1,5 cl de jus de citron
- Une lamelle de gingembre, un clou de girofle
Le tilleul remplace l'eau sans se disputer avec le genièvre, ce qu'un thé noir ferait immédiatement. Ne dépassez pas 1 cl de genepi : l'armoise chauffée monte vite en amertume. D'autres façons de doser cette liqueur figurent dans nos recettes de cocktails au génépi, et son profil aromatique est détaillé dans notre article sur la liqueur de génépi.
Une variante plus courte, sans liqueur ajoutée, consiste à monter le gin sur une infusion de sapin et de miel, dans l'esprit des cocktails de Noël au gin.
D'où vient le grog ?
De la Royal Navy. Le 21 août 1740, l'amiral Edward Vernon ordonne que la ration quotidienne de rhum distribuée à bord soit coupée d'eau avant d'être servie, en deux fois dans la journée, pour limiter l'ivresse de l'équipage. Du citron et du sucre sont ajoutés peu après, d'abord par goût.
Vernon portait un manteau de grogram, un tissu de soie et de laine gommée qui lui avait valu le surnom d'Old Grog parmi les marins. Le nom est resté au mélange. La ration de rhum de la marine britannique a été supprimée le 31 juillet 1970, date connue des marins sous le nom de Black Tot Day.
En France, le mot passe dans l'usage courant au XIXe siècle et glisse progressivement du bord des navires vers les cuisines, où il devient la boisson d'hiver que l'on connaît, servie très chaude en fin de repas, dans le même créneau qu'un verre après une table de montagne.
Questions fréquentes
Quelle quantité de rhum dans un grog ?
5 cl pour 15 cl d'eau, soit un quart du volume final. En montant à 8 cl, on obtient une boisson déséquilibrée où l'alcool couvre le citron et le miel.
Peut-on faire un grog sans alcool ?
Oui, en gardant l'eau chaude, le miel, le citron et les épices, et en ajoutant une infusion de gingembre frais pour retrouver du mordant. Ce n'est plus un grog au sens strict, mais la structure aromatique tient.
Quel miel utiliser pour un grog ?
Un miel liquide et neutre comme l'acacia laisse passer l'alcool. Un miel de sapin ou de châtaignier, plus foncé, apporte une amertume qui va bien avec un gin ou un whisky, moins avec un rhum agricole.
Faut-il faire bouillir l'eau du grog ?
Non. Au-delà de 78 °C, une partie de l'alcool part en vapeur et les huiles du zeste avec. Visez 70 °C, soit une eau qui a reposé deux minutes après ébullition.
Dans quel verre servir un grog ?
Un verre à anse en verre trempé, ou une tasse épaisse. Un verre fin sans anse devient impossible à tenir et casse au choc thermique si on verse l'eau chaude d'un coup.
Le Gin Belledonne, distillé avec du genièvre du Vercors, de la vulnéraire de Chartreuse, de l'hysope, de la myrtille sauvage et du poivre de Timut, entre dans la quatrième ligne du tableau ci-dessus. Chauffé à 70 °C, c'est le poivre qui remonte en premier, devant les baies.
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
