Mixologie
French 75 : la recette originale, les dosages et une variante alpine
Héritage des Alpes · 4 Septembre 2026 · 8 min de lecture
Le French 75 se compose de 3 cl de gin, 1,5 cl de jus de citron jaune pressé et 1 cl de sirop de sucre, secoués au shaker puis allongés de 8 à 10 cl de champagne brut très froid. On sert en flûte, sans glace dans le verre, avec un long zeste de citron.
C'est le cocktail des fins d'année et des tables de fête : quatre ingrédients, aucune place où se cacher. Sa réputation de cocktail traître vient de sa facilité de bouche, pas de son degré, qui reste proche de celui d'une coupe de champagne bien tassée. Voici les proportions, les gestes, la vieille querelle du gin contre le cognac, et une version alpine.
Quelles proportions pour un French 75 ?
Le French 75 appartient à la famille des sours allongés d'un vin effervescent. La base gin, citron, sucre reprend l'équilibre 2-1-1 des classiques d'avant-guerre, plus serré que celui d'un gin fizz parce que le champagne apporte déjà de l'acidité.
- 3 cl de gin
- 1,5 cl de jus de citron jaune fraîchement pressé
- 1 cl de sirop de sucre de canne
- 8 à 10 cl de champagne brut, à 6 °C
- Un zeste de citron, prélevé à l'économe
Le sirop de sucre se prépare en deux minutes : 100 g de sucre dans 100 ml d'eau chaude, remué jusqu'à dissolution, refroidi. Il se conserve trois semaines au réfrigérateur. Le sucre en poudre, lui, ne se dissout jamais complètement dans un liquide froid et reste au fond de la flûte.
Si votre champagne est un brut nature ou un extra-brut (moins de 6 g de sucre par litre), montez le sirop à 1,5 cl. Avec un brut classique dosé autour de 9 g, restez à 1 cl.
Comment préparer un French 75 étape par étape ?
- Mettez les flûtes au congélateur dix minutes, et le champagne au réfrigérateur au moins trois heures avant. Un effervescent qu'on refroidit au dernier moment dans un seau de glace perd en finesse de bulle.
- Pressez le citron et filtrez le jus à travers une petite passoire pour retenir la pulpe.
- Versez le gin, le jus de citron et le sirop dans le shaker. Ajoutez de la glace jusqu'aux trois quarts.
- Secouez huit à dix secondes seulement. Le mélange doit être glacé, pas dilué : c'est le champagne qui donnera la longueur.
- Filtrez dans la flûte glacée, en laissant les glaçons dans le shaker.
- Complétez au champagne, versé lentement le long de la paroi inclinée. Un versement vertical fait mousser d'un coup et vous perdez la moitié des bulles.
- Ne remuez pas. Le champagne se mélange seul en remontant. Torsadez le zeste au-dessus du verre pour libérer les huiles, puis posez-le sur le bord.
Comptez trois minutes pour deux verres. En revanche, ne préparez jamais un French 75 à l'avance : la base gin, citron, sucre peut attendre une heure au frais, l'effervescent s'ajoute uniquement au moment de servir.
Gin ou cognac : quelle est la vraie recette ?
Les deux existent, et la version au gin est celle qui porte le nom depuis près d'un siècle. La recette imprimée dans le Savoy Cocktail Book de Harry Craddock, paru à Londres en 1930, associe gin sec, jus de citron, sucre et champagne. C'est la référence à laquelle se rattachent la quasi-totalité des cartes de bar aujourd'hui.
La version au cognac, défendue notamment à La Nouvelle-Orléans, s'appuie sur une filiation plus ancienne avec les cocktails au brandy et sur l'idée qu'un cocktail français devrait porter un alcool français. Elle donne une boisson plus ronde, plus vineuse, où le citron s'efface. Les deux se tiennent, mais elles n'ont pas le même profil : le gin garde le cocktail tendu et sec, le cognac l'assouplit.
Une troisième piste, plus discrète, remplace le gin par du calvados : c'est la trace normande de certaines versions parisiennes des années 1920.
Champagne, crémant ou prosecco : lequel choisir ?
Le champagne brut reste le choix canonique, mais un crémant bien vinifié donne un excellent résultat pour un tiers du prix. Le critère qui compte n'est pas l'appellation, c'est le dosage en sucre et la finesse de la bulle.
| Effervescent | Dosage typique | Effet dans le cocktail | Ajustement du sirop |
|---|---|---|---|
| Champagne brut | 6 à 12 g/l | Bulle fine, notes de pain grillé, acidité franche | 1 cl |
| Champagne extra-brut | 0 à 6 g/l | Très sec, met le citron en avant | 1,5 cl |
| Crémant de Savoie | 6 à 12 g/l | Jacquère et altesse, profil floral et tendu, cohérent avec un gin de montagne | 1 cl |
| Crémant d'Alsace | 6 à 12 g/l | Vif, légèrement pomme verte | 1 cl |
| Prosecco | 12 à 17 g/l | Bulle plus grosse, nettement plus sucré | 0,5 cl, voire aucun |
Le crémant de Savoie, appellation reconnue depuis 2014 sur les coteaux de la combe de Savoie et du lac du Bourget, mérite un essai particulier ici : ses cépages jacquère et altesse donnent une bouche minérale qui prolonge bien un gin chargé en plantes d'altitude.
Quel gin choisir pour un French 75 ?
Le champagne est un partenaire exigeant : il couvre les gins discrets et se dispute avec les gins trop sucrés. Un London Dry franc, dominé par le genièvre et la coriandre, donne la version historique, sèche et droite.
Un gin botanique de terroir produit une version plus parlante : les notes végétales remontent avec les bulles, ce qui donne au cocktail un nez que le London Dry n'a pas. Évitez en revanche les gins très fortement agrumés, qui doublent le citron sans rien apporter, et les old tom sucrés, qui alourdissent l'ensemble.
Côté degré, visez 42 à 47 % vol. En dessous de 40 %, le gin disparaît derrière l'effervescent au bout de deux gorgées. Les critères détaillés dans notre guide quel gin pour un gin tonic s'appliquent en grande partie ici, à ceci près que la question du tonic ne se pose plus.
Le Belledonne 75 : la variante alpine
En remplaçant une partie du sirop de sucre par du miel de montagne et en glissant un trait de liqueur d'armoise, le cocktail change de registre : la finale devient herbacée et légèrement amère, là où la version classique s'arrête sur le citron.
- 3 cl de gin de montagne
- 1 cl de génépi
- 1,5 cl de jus de citron jaune
- 0,5 cl de sirop de miel (deux volumes de miel de montagne pour un volume d'eau chaude, refroidi)
- 8 cl de crémant de Savoie ou de champagne brut
- Un zeste de citron, éventuellement une myrtille sauvage au fond de la flûte
Même procédé que la version classique. Ne dépassez pas 1 cl de genepi : au-delà, l'amertume de l'armoise couvre les bulles et le cocktail devient lourd. D'autres façons de l'employer figurent dans nos recettes de cocktails au génépi.
D'où vient le nom French 75 ?
Du canon de 75 mm modèle 1897, pièce d'artillerie de campagne française employée pendant la Première Guerre mondiale, réputée pour sa cadence de tir. Les pilotes et officiers alliés auraient donné ce surnom à un mélange de gin et de champagne dont l'effet leur semblait comparable.
La tradition attribue sa mise au point au Harry's New York Bar, rue Daunou à Paris, autour de Harry MacElhone, dans les années qui suivent 1918. Le nom apparaît imprimé dans des recueils de cocktails américains à la fin des années 1920, avant d'être fixé par le Savoy Cocktail Book en 1930. Comme souvent, l'origine exacte reste discutée et les sources se contredisent sur l'année.
Le cocktail s'installe ensuite durablement dans les cartes parisiennes et new-yorkaises, au point de figurer aujourd'hui parmi les classiques officiels de l'International Bartenders Association, aux côtés du Dry Martini et du Negroni.
Quand et avec quoi le servir ?
C'est un cocktail d'ouverture. Son acidité et ses bulles le placent en début de repas, sur des huîtres, du saumon fumé, des gougères, des amandes salées ou un vieux comté. Il fonctionne mal après un dessert sucré, qui écrase le citron.
Sur une table de fête, comptez une bouteille de 75 cl d'effervescent pour huit à neuf verres, et préparez la base gin, citron, sirop en pichet, à raison de 5,5 cl de mélange par personne. D'autres formats de service pour ces occasions figurent dans nos cocktails de Noël au gin.
Le Gin Belledonne, distillé avec du genièvre du Vercors, de la vulnéraire de Chartreuse, de l'hysope, de la myrtille sauvage et du poivre de Timut, entre dans la deuxième famille décrite plus haut. Dans un French 75, sa pointe poivrée arrive en finale, une fois les bulles retombées.
Questions fréquentes
Quelle quantité de champagne dans un French 75 ?
8 à 10 cl, soit un peu plus d'une coupe standard. En dessous de 8 cl, le cocktail reste acide et court ; au-delà de 10, le gin ne s'exprime plus.
Faut-il un shaker pour faire un French 75 ?
Pour la base, oui, ou à défaut un bocal hermétique. Le champagne, lui, ne se secoue jamais : il se verse directement dans la flûte, en dernier.
Peut-on faire un French 75 sans sirop de sucre ?
Oui, avec un demi-centilitre de miel liquide détendu à l'eau chaude, ou en choisissant un effervescent plus dosé, un prosecco ou un champagne demi-sec. Le sucre en poudre, en revanche, ne se dissout pas à froid.
Quel verre pour un French 75 ?
Une flûte, qui préserve les bulles, ou une coupe si vous privilégiez le nez. Jamais de glaçon dans le verre : il dilue le champagne et casse l'effervescence.
Quelle différence entre un French 75 et un French 76 ?
Le French 76 remplace le gin par de la vodka. Le cocktail devient plus neutre, plus court, entièrement porté par le citron et le champagne.
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
